04 janvier 2009 - Gëzuar Kërshëndellat et Kαλη Xρoνια!
Podgorica, ou comment passer la nuit dans un palace lorsque l’on se retrouve à la rue, sous la pluie, à minuit
Deuxième soir à Podgorica, et je me pointe à mon théâtre, comme si de rien n’était. Il est 22 heures, et le gardien me laisse entrer. Je descends au bar, et la s’y trouve un homme qui ne semble pas tellement apprécier ma présence. Coups de téléphone. Personne ici ce soir ne semble au courant que l’on m’a invité hier. Deux policiers et un employé du théâtre se ramènent, on me passe des gens au téléphone, et c’est un sacré remue ménage pendant plus d’une heure, entre ceux qui veulent me faire sortir de ce Théâtre National où je n’ai rien à faire, et ceux qui ont pitié et ne veulent pas me laisser à la rue sous cette pluie battante.
Finalement, à minuit, j’y suis, sous la pluie.
Bon, il ne reste qu’une seule chose à faire…le bar.
C’est là que je rencontre Milos et Peda, avec qui je discute un bout de temps.
Milos a un ami qui tient l’hôtel Eminent, 4 étoiles s’il vous plait, en plein centre ville. C’est là que je me fais inviter pour la nuit!
Et le lendemain, après un bon bain chaud (et vous ne pouvez pas imaginer le luxe que cela représente pour moi !) j’entre en Albanie.
Immédiatement, j’observe quelques changements:
-la route est défoncée
-je découvre la méthode locale de traitement des déchets
-il y a des Mercedes, que des vieilles Mercedes, partout…
-Quasiment tout le monde m’appelle et me fait des signes de la main lorsque je passe à vélo
J’arrive ce soir à Shkoder, et après m’être fait offrir plat de pâtes, raki (l’eau de vie locale) et café, le patron me laisse poser la tente devant sa terrasse. Je me retrouve donc à dormir là dans la tente, en plein centre ville…!
Lendemain, arrivée dans la capitale, Tirana.
Tirana, ou comment vivre la vie d’un ouvrier albanais et passer Noël au chaud
J’arrive à Tirana, et je respire son bordel ambiant, que j’adore.
Des voitures partout, des klaxons, des automobilistes qui s’arrêtent en plein milieu de la rue et créent un embouteillage, pour s’engueuler.
Comme dans toutes mes arrivées dans les villes, la première chose à faire est de trouver le centre. Je me trouve déjà sur la place centrale, mais je ne le sais pas, alors je demande à un passant:
“-Vous savez où est le centre?”
“-Ben c’est juste ici. Si tu veux, suis moi, je vais te montrer un peu les monuments…”
C’est ainsi que je me ballade dans Tirana avec Ermal, et qu’un peu plus tard, je me retrouve à boire un café avec lui, et qu’un peu plus tard encore, je suis bien au chaud chez lui, en compagnie de sa Maman, Kudrette, et de sa femme, Drilona, devant un copieux repas, dont…des épinards! Ca a l’air insignifiant comme ça, des épinards, mais quel bonheur de manger un peu de verdure, ça faisait si longtemps!. Beqir, le papa, est gardien de nuit, alors il travaille, je le verrai demain matin.
Et Drilona de me proposer: “Mais pourquoi ne resterais tu pas ici pour Noël?” “Euh, non, Noël c’est dans une semaine, je dois avancer, continuer mon voyage…”
Et Ermal de rajouter: “Et pendant ce temps, tu pourrais m’aider au boulot…”
En gros, ils me proposent de devenir ouvrier albanais pendant une semaine. Quoi de mieux pour découvrir la vie des gens? C’est exactement la raison ce voyage. Le lendemain matin, c’est décidé: j’accepte.
Sans tarder, nous allons sur le chantier, après une heure passée dans le bus bondé (eh oui, c’est partout pareil…). C’est un immeuble en construction, où Ermal travaille au second oeuvre. Pendant 4 jours, je l’aide à faire la peinture, poncer les murs, faire une chappe en béton…
Je travaille de bon coeur, c’est mon moyen de les remercier de l’invitation que lui et sa famille m’ont offerte.
Ermal travaille au noir. Et son problème, c’est que son “employeur” trouve sans cesse des raisons pour ne pas le payer. “Je n’ai pas les sous aujourd’hui, repasse demain”;”Finis ton boulot, et apres on verra”; et enfin: “Je n’aime pas ce que tu as fait”…
Au 4ème jour, Ermal décide d’arrêter d’aller travailler. Je lui demande: “Mais pourquoi ne trouves-tu pas un travail déclaré? tu n’aurais pas ce problème…” Il me dit qu’en étant déclaré, il coûterait deux fois plus cher à l’employeur, et donc qu’il ne trouverait rien.
Pour la semaine prochaine, il va bosser avec l’un de ses amis, qui installe des caméras, et avec qui il devrait être sûr d’avoir sa paye…
Pour ce qui est de la vie à la maison, le soir, c’est “Home sweet home”. Toute la vie d’hiver se passe dans la toute petite et unique pièce chauffée, par le réchaud.
C’est convivial, et on discute, on mange les délicieux plats traditionnels préparés par Kudrette et Drilona, on joue au cartes. Ermal est le seul à parler anglais, alors il fait le traducteur…
De mon côté, mon albanais est quelque peu limité, même si j’apprends quelques mots indispensables:
Falemenderit: Merci, Mieroupafchem: Au revoir, Gëzuar!: Tchin!, et bien sur, Joyeux Noël: Gëzuar Kërshëndellat!
Besa, Enes et la petite Juju, les neveux et nièces d’Ermal, viennent souvent nous rejoindre. La vie se passe ici, au chaud, en famille.
Durant mon séjour à Tirana, j’ai le temps de découvrir la ville:
Vue de la ville depuis l’immeuble en construction
Le rivière Lana qui traverse la ville
Au marché, les dindes sont au rendez vous pour Noël!
et la particularité…des bus RATP, des vrais!
Le centre de Tirana est joli, avec notamment sa grande place centrale:
En s’eloignant du centre, tout est moins organisé…
Arrive le 24 décembre. La famille d’Ermal est Musulmane, Noël ne signifie donc pas grand chose pour eux, mais ils tiennent à marquer le coup pour moi.
Et Ermal sort le grand jeu…
Nous allons, ainsi parés, assister à la messe de Tirana, avant d’aller boire un coup au centre, puis rentrer au chaud boire le champagne que j’ai ramené.
Le 25 décembre est un jour calme, repos et quelques réparations de vélo.
Et ma surprise, pour Noël, ce sont…2 pages qui me sont consacrées dans la Gazeta Shquiptare, le quotidien de Tirana.
J’avais prévu de repartir le 26 au matin. Mais voilà qu’arrive une situation pour le moins inattendue: ils ne veulent pas me laisser partir! Ils ont trop peur que j’aie froid et que je ne trouve rien pour fêter la nouvelle année…
C’est après d’apres négociations que je reprends finalement la route le 27 au matin. Après une semaine sans pédaler, ça fait du bien de retrouver les sensations du vélo.
L’après Tirana, ou mes sauveurs des étapes enneigées
La route qui me mène à Elbassan est magnifique:
Et c’est dans un café que je rencontre Migen, qui m’invite à passer la nuit chez lui.
Migen m’offre des bottes de chasseur, pas belles mais hyper chaudes, dont je ferai bon usage par la suite.
Je savais qu’après Tirana, j’allais être confronté aux montagnes, et finalement, c’est froid, mais ca passe. Pas aussi ardu que je pouvais l’imaginer.
Après une nouvelle étape vallonée…
…j’arrive à Pogradec, où c’est cette fois dans la maison d’Erald que je passe la nuit. Je dois dire que j’ai été bluffé par l’accueil qui m’a été offert. Cet étudiant en médecine, que j’ai rencontré dans un café, me ramène chez lui, et les parents, qui n’étaient pas au courant qu’allait débarquer un extraterrestre à vélo, m’ouvrent la porte avec un grand sourire, et sans poser aucune question, Sekine, la maman, m’apporte des chaussettes sèches, et des fruits. C’est dingue la confiance que l’on m’offre.
Après la pizzeria où ils tiennent à m’inviter, je passe une nouvelle nuit au chaud.
Je repars avec un sac de nourriture pour la journée, qui commence par un col, mais après, c’est à peu près plat, et les paysages ne sont pas sans rappeler ceux du Canada…
Je passe par le marché de Korce, qui renferme une foule et une vie incroyables.
Il fait froid, et mes câbles de vitesses sont gelés! A plusieurs reprises je dois enlever la glace au couteau suisse, si je veux pouvoir passer les vitesses.
Et finalement, je m’arrete à Kristalopigi, le premier village apres la frontière Grecque.
Petit mot sur l’Albanie, juste avant de la quitter. Bien sur, on ressent une certaine pauvreté. Bien sur aussi que les routes ne sont pas toujours au top et qu’elles sont parfois bordées de dechets, et que la circulation y est dingue. Mais une chose est certaine: les gens ont toujours été là pour m’aider. Ils ont été vraiment hallucinants de gentillesse avec moi. Et cela est une richesse inestimable de ce pays, qui par ailleurs, comporte de somptueux paysages.
Ce soir, premier café Grec (qui ressemble beaucoup au café Turc), et pas de sauveur en vue, cependant, la serveuse à une idée. Pourquoi n’irais-je pas voir au poste de police, ils ont des “chambres”…
Et c’est ainsi que je passe ma première nuit du voyage en cellule!
Lendemain matin glacial, mais c’est normal, je suis encore bien haut, et vu que je me dirige vers la mer, une bonne surprise m’attend pour cette étape: ca descend!
Encore de la neige sur le chemin…
J’arrive finalement à Kozani, et ce soir, je rencontre Nick, qui est compositeur. On passe une super soirée chez lui à jouer de la guitare, du piano, c’est le pied, ça me manquait tellement…
Il joue aussi du bouzouki, instrument perse, une sorte de mandoline à 8 cordes.
Je repars le lendemain matin de chez lui, ma soif de musique un peu étanchée, pour une étape ambitieuse:
C’est qu’avant hier, j’ai réalisé que je pourrais être à Thessalonique pour le 31, ce qui serait vraiment classe, et c’est donc mon objectif du jour. Mais avant d’y arriver, ce sont 130 kilomètres qui m’attendent. Très bonne surprise, la moitié de l’étape est en descente, et une fois atteint le niveau de la mer, il ne reste que 70 kilomètres de plat dans la campagne grecque.
La mer! Petit moment d’extase.
Et, après un beau coucher de soleil sur cette mer Égée, il est temps de songer au réveillon.
Thessalonique, ou le réveillon Greco-Bulgare
Alors, après un nouveau café grec, je pars marcher dans la rue, à la rencontre de mon réveillon.
Au bout de quelques minutes, je tombe sur Armanda, qui m’invite à aller dîner avec elle chez ses parents. Mais c’est à 20 kms, et nulle part où laisser mon vélo, ce ne sera donc pas pour cette fois…
Puis nous nous levons, et après quelques minutes, tombons sur un groupe de jeunes…bulgares!
On continue la soirée tous ensemble, ça parle bulgare, français, espagnol…bonne soirée, et à 5h30, je me retrouve dans leur colloc’, pour enfin un peu de repos…
Le lendemain, on déguste la Banitza, sorte de galette des rois (salée) bulgare, où les fèves sont des petits objets qui symbolisent ce qui devrait nous arriver dans l’année.
Et avant-hier, dans l’après-midi, j’étais à lire sur le bord de mer, lorsque s’arrête George, intrigué par mon vélo. Nous passons du coup quelques heures à discuter, autour d’un café, puis d’une pizza…puis chez lui, où je suis maintenant reçu depuis deux nuits, avec une gentillesse immense.
Voici George et Tasos, les deux frères, avec Michael, le papa, qui lui aussi joue du bouzouki.
Il me reste à vous souhaiter une très bonne année! ou plutôt…
Kαλη Xρoνια!
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- Published:
- 01.03.09 / 5pm
- Category:
- NEWS






































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