07 juin 2010 - 39.91°N, 116.40°E

Je saute dans le Maglev, le train à lévitation magnétique ultra-moderne qui relie le centre-ville à l’aéroport, et c’est à 431 kms/h qu’avec une grande émotion, je retrouve mes parents, après ces un an et demi passés sans se voir.

Shanghai. Une ville à l’image du plein boom dans lequel est engagée la Chine. Une ville où les tours fleurissent à tours de petits bras chinois. Il y a 10 ans, le quartier de Pudong n’était qu’une vaste friche.


Pudong, face au Bund sur lequel nous sommes, sur l’autre rive du fleuve Huangpu

Bien sur, ce n’est pas encore Hong Kong. Ce n’est encore ni aussi dense ni aussi haut, on est en pleine transition. Mais il ne fait aucun doute que dans quelques années, je reviendrai dans cette ville sans la reconnaître.

On m’avait parlé d’un pays en développement: depuis mes premiers tours de roues en Chine, j’hallucine. Complètement.

Les “petites villes” sur ma carte font rarement moins d’un million d’habitants. C’est moderne! c’est propre! c’est calme!
Bref, la Chine, ce n’est pas l’Inde.

La semaine en famille (petite pensée à Marc et Barbara qui n’ont malheureusement pas pu venir) est riche en découvertes et le programme est bien chargé. Mais commençons par le commencement: de nouveau, mes parents me font redécouvrir le Confort - qui ne fait généralement pas vraiment partie de mon quotidien - et qui frise cette fois-ci avec le luxe, wow. Les buffets de notre hôtel resteront inoubliables à jamais, je savoure.

Nous démarrons par la visite d’un quartier populaire, comme il y en a encore, mais de moins en moins, entre les quartiers neufs. Ces quartiers donnent à mes yeux une âme et une vie à la ville.


Le building observant attentivement ce quartier dont il n’a pas pas encore eu raison


Ben ils ont raison les chinois…c’est bien plus pratique comme ca!

La ville a fait peau neuve pour l’Exposition Universelle qu’elle accueille…et - on appreciera ou pas - a trouvé la solution pour “cacher” aux passants les quartiers trop insalubres…


Des murs tout blancs

La disparition des quartiers anciens au profit de belles tours neuves va dans le sens naturel du progrès, et de l’amélioration matérielle des conditions de vie. Elle pose en contrepartie la question du sort des milliers d’habitants expulsés sans conditions des lieux qui portent leur histoire.

Allons tout de même visiter le jardin Yu, réputé être l’un des plus beaux de Chine.

Avant d’aller au fast food à la chinoise…plutot immense!

Direction le Musée de l’Urbanisme, incontournable pour l’étudiant en Urba que j’étais…et qui accueille une maquette géante de 600m2 de la ville représentée aux 1/500…impressionnant!

L’heure vient à présent de poser pied à l’Exposition Universelle 2010, qui a pour thème “Better City, Better Life”. Je ne savais pas vraiment ce qu’était une exposition universelle, j’ai à présent compris. Chaque pays se présente d’une manière originale, au travers d’un Pavillon censé coller au thème de l’expo.
Dans la réalité, je trouve que les pays ne reprennent que peu le thème, mais font preuve d’imagination au travers d’architectures extravagantes, et lorsque l’on visite l’intérieur de ces pavillons, il est intéressant de voir comment chacun des pays a choisi de se présenter au monde…


Soyons chauvins…commencons par le Pavillon de la France


…dont les chinois profitent pour “voyager” à Paris!


Le Pavillon Chinois, embleme de l’Expo et dont l’image est omniprésente dans Shanghai


L’Inde, fidele à elle meme, jusqu’au bout!


L’Iran, pays de mon coeur. Vraiment, cette expo ne me laisse pas indifférent: j’y reparcours mon voyage


Et la Palme d’Or revient…à la Corée du Nord, qui a trouvé le slogan parfait

Comme pour les JO, la Chine profite de cette expo pour se dévoiler au monde…et elle le fait…dans la démesure!

C’était bon de partager ce bout de voyage.

Au revoir mes parents, merci encore d’être venus…c’est un geste qui ne s’oublie pas.

Alors je vais retrouver Chris, mon ami allemand fan d’aventure rencontré à l’ambassade chinoise de Bangkok, et qui m’a tant aidé à Shanghai, m’hébergeant pour les nuits où mes parents n’étaient pas là.

Mais avant de quitter la ville, il me reste une chose à faire: un passage incontournable sur l’immense campus de l’Université de Shanghai où se trouve l’UTSEUS, la branche asiatique de mon Université de Compiègne.

Un accueil chaleureux m’y est réservé par M.Grenié, Directeur, et je passe finalement cette dernière soirée shanghaienne chez Fabien et Manu, deux étudiants français vivant ici et maîtrisant le chinois de manière impressionnante.

Retour à la route, retour à Zhengzhou, au pied de la tour Erqui la où j’avais laissé ma ligne de vélo. Cette fois, c’est vraiment la dernière ligne droite vers Pékin, plus que 700kms, de plat, sur la G107 que je longe depuis plus de 2000 kms déjà.

Borne 700. Depuis quelques temps, un changement capital s’est produit: En l’espace d’une seule étape, autour de Zhumadian, les champs de blé ont remplacé les rizières entre lesquelles je roulais depuis un an. C’est que je monte en latitude! Et ce changement se traduit d’une part par des paysages, dont le vert intense et gorgé d’eau se transforme en un vert pale et sec, mais aussi par mon alimentation: fini le riz, bonjour les pâtes de blé.

Je roule, et repense à Zou et ses amis designers, qui, à Taoyuan, m’ont pris sous leur aile suite à une rencontre dans un petit restaurant de rue, et qui, apres la nuit passée chez eux, m’ont offert la chance de visiter l’usine sur le site de laquelle ils vivent.

Grande difference entre le logement de ces designers qui vivent à 2 par appartement et ceux des ouvriers, juste en face, qui sont 4 dans des surfaces deux fois plus petites.

Borne 600. Ce matin, réveil dans la tente à 9h…par trois policiers. J’étais confortablement installé sur un grand terrain, entre la route et la voie de chemin de fer. Face à mes visiteurs, je remballe à la vitesse de l’éclair et pars sans demander mon reste: je n’ai bien sur pas la “police registration” théoriquement obligatoire pour chaque nuit passée par un étranger en Chine. On me laisse partir.
Faire gaffe, gaffe, gaffe…plus de risque stupide si près du but!

Pour me changer les idées, je me remémore les moments magiques passés à HongKong chez Coco, Maxime, et le petit Landry.

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Sur la route, je traverse des villages specialisés, comme j’en vois si souvent. Dans les meubles en bois, le bambou, le charbon, ou encore le recyclage. Des montagnes de bottes en caoutchouc, bouteilles en plastique, débris de verre…Le tri séléctif est efficace en Chine, mais au lieu d’etre géré publiquement, il est realisé par des chinois à l’affut dans les villes et désireux de gagner par ce biais quelques yuans. Efficace.

Ici, montagnes de chaussures

Là, des dizaines d’échoppes de meubles en bois, identiques, côte à côte

Et en pédalant, me reviennent les images cantonnaises de l’accueil formidable de Mable, Stefan, TangSiYun (Cici), et sa maman.


Au café Zephyr3, où Stefan a debouché une bouteille pour fêter les un an et demi du voyage


Avec TangSiYun

Borne 500.

Je me récite:
Wo She Fa Guo Ren: Je suis Francais
Wo Rhue Chuo Yi Tien Tien Chong Wen: Je parle un tout petit peu Chinois
Wo Hengaoshin Densini: Je suis heureux d’etre avec vous
Wo Yao Tchi Beijing: Je vais à Beijing
Et j’avance.

Borne 400. Je traverse des zones poussiereuses me rappelant que malgré ses villes folles et clignotantes, la Chine est encore un pays en développement.

J’arrive à Xianli, et prends enfin l’exemple (étonnamment tard!) de tous ces jeunes chinois…en domant sur un canapé du cyber.

C’est confortable, mais ce n’est pas la chaleur de chez Peng Jie (Jessie - les chinois parlant anglais se choisissent bien souvent un “English name”) et sa famille, qui ont fait pour moi de Zhong Pu Lu un passage inoubliable.


PengJie, sa petite soeur et sa maman

Borne 300. Avec la barrière de la langue, il n’est pas toujours facile de communiquer avec les chinois, même si rien n’est impossible. Mais là, la difficulté, c’est que le chinois est une langue tonale, donc j’ai beau connaître les mots, si je les prononce avec la mauvaise intonation, on ne me comprend pas…enfin avec le temps, je m’améliore. En Chine, la langue joue un rôle vraiment majeur: à la difference de tous les autres pays de mon parcours, où ce n’était pas une constante, absolument tous les chinois qui ont fait preuve d’hospitalité à mon égard parlaient anglais.

Une fois de plus, je plante la tente, en repensant à l’excellente soirée passée avec Rock Lee et ses amis ouvriers (en voila un sacré English name!) à Guang Shui.

Borne 200. Rester concentré. L’oubli. L’oubli est une question de confiance, et j’ai confiance.

Borne 100. Une mobilette me suit depuis quelques kilomètres. D’ordinaire, je l’aurais ignorée. Mais là, je m’arrête pour l’obliger à me dépasser. Elle s’arrête aussi, et j’ai l’impression que son chauffeur demande à essayer Vélo. Pas question. Il passe des coups de fil. Je finis par repartir seul, et croyant lui avoir enfin échappé…le revois me rattraper avec une voiture cette fois…dont descendent ses amis…du club de vélo, qui prennent des photos et me ravitaillent en boissons. Ouf.

Musique. La derniere chanson qui m’arrive aux oreilles ce soir est celle de Georges Brassens…Heureux qui comme Ulysse…

Dimanche 30 Mai 2010.
Rendez-vous, 15h00, Porte de la Paix Célèste.

Ca s’élargit…une obelisque…plus de doutes, la voilà.
La place Tian’anmen.
Je sers Luc dans mes bras. Fort fort fort.

Devant cette Cité Interdite, à laquelle je pense inlassablement, chaque jour, depuis si longtemps. Le moteur sans faille de ces 28555kms parcourus sur terres d’Europe, sur terres d’Asie.

Mon oncle a tenu sa promesse un peu folle annoncée un beau matin d’Automne, devant Notre-Dame de Paris. Nous franchissons ensemble les petits ponts de marbre, et marchons jusqu’à la Porte du Midi, Wumen.

Assis dans un coin. Je sors la longue liste de noms, celle de tous ces gens qui m’ont tendu la main quelquepart sur mon chemin. Tous ces gens sans qui, jamais, je ne serais là aujourd’hui. Ces gens qui m’ont appris à un peu mieux savoir ce qu’était un Humain. Pour le meilleur.
Et je les récite, un par un.

Cette fois, je ne peux pas aller plus loin!

A présent, pour la première fois depuis bien, bien longtemps, je vais songer à prendre la route de l’ouest…


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