23 janvier 2009 - Istanbul express

Bien sûr, je comptais bien visiter Athènes, la capitale Grecque. Mais voila, Athènes, c’est à 500 kilomètres de Thessalonique, là où je me trouve, et plein sud, donc pas du tout dans ma direction. Un aller retour de 1000 kilomètres pour voir une ville…hum, une meilleur solution s’est rapidement imposée:
Ce matin donc, Tasos me dépose à la gare de péage…et je commence à lever le pouce.
Au bout d’un petit quart d’heure, Christos s’arrête. C’est la première fois qu’il prend un autostoppeur…”Si tu veux, je peux te déposer à Lamia, ca te laissera à 200 kilomètres d’Athènes…”
Super!
Nous voila donc partis, et nous discutons bien, car il se trouve que Christos est un grand amateur de vélo, donc il me pose plein de questions sur le voyage.
Et puis, il m’explique qu’il habite Patras, et que donc aujourd’hui il rentre chez lui…
D’un coup, ca fait tilt dans ma tête…et pourquoi pas Patras? (cette ville est au nord du Péloponèse, et elle à 250 kms d’Athènes…)
Ce soir, je me retrouve donc chez Christos. Ce type, universitaire en informatique, est vraiment vraiment cool.
J’ai droit à ma première lecon de Grec par un Grec. Bientôt, avec un peu de pratique, cet alphabet n’aura plus de secrets pour moi!

Le lendemain, visite de Patras.

C’est la ville où arrivent par bateau de très nombreux refugiés d’Afghanistan et du Pakistan. Ici, ils n’ont pas de papiers bien sûr, et leur voyage est encore loin d’etre fini: il va leur falloir traverser clandestinement de nombreux pays afin d’atteindre leur Elodoado: l’Italie.

S’ils y parviennent, y auront-ils vraiment une vie meilleure, après tant de sacrifices?

Et voila Patras!

Après deux soirées hyper tranquilles chez Christos, il me dépose à son tour au péage, et c’est après une petite demi-heure d’attente que Dimitri me fait monter dans sa camionette. Il me dépose au centre de la capitale.

Et me voila au pied de l’Acropole, la colline sacrée surplombée par son Parthénon, temple dedié à la déesse Athéna.

Puis je grimpe, quand même…

C’est ici qu’est née la démocratie, et que pas mal de philosophes ont élu domicile, au 5ème siècle av JC.

De mon coté, j’en ai marre des Gyros (kebabs roulés), et j’entame à Athènes un régime salade Grecque, ça fait du bien. Olives et fêta, oui, je suis bien en Grèce!

Après une longue ballade dans la ville et un passage au marché central, je me rends stade olympique des JO de 2004. Je suis bluffé. Je reste pantois devant pendant de longues minutes…c’est une vraie leçon d’architecture!

Ce stade est leger et complexe, comme un insecte, prêt à s’envoler.

Ce matin, c’étaient les Temples des Dieux, ce soir je passe au Temple du Dollar.

Et voila, bye bye Athènes, le lendemain est consacré au retour vers Thessalonique.

Plus ardu que l’aller. Premier mec sympa qui m’avance de 10 kilomètres, me permettant de sortir un peu de la mégalopole. Ensuite, on m’avance jusqu’à Lamia, et il me faut presque 4 heures pour rencontrer Pantelis et Lefteris qui - ouf – me déposent à Thessalonique à la nuit tombée, et où je retrouve mes amis George et Tasos, ainsi que mon vélo.

Pantelis et Lefteris

Journée éprouvante, et magnifique petit voyage.

Et je voudrais ici faire une parenthèse.

Le petit autostoppeur lève le pouce, et il attend au bord de la route. Et il attend. Et il attend.

Et il regarde toutes ces voitures qui lui passent devant, en l’ignorant, même si beaucoup d’entre elles vont là où il voudrait aller.
Comme vous vous en doutez, la plupart des gens choisissent déliberemment de ne pas s’arrêter, et puis, ils ont plein d’excuses pour cela: “trop dangereux…”, “pas le temps…”, “oh non, je ne vais vraiment pas loin…” Ils sont aussi legitimés par le fait que la voiture de devant ne se soit pas arrêtée, elle non plus. Pour la plupart d’entre eux, ce n’est pas qu’ils soient particulièrement égoistes, mais plutôt que cela ne leur est jamais même venu à l’esprit. Ils ont simplement appris qu’un autostoppeur, on l’ignore.
Et pendant ce temps, le petit autostoppeur attend toujours, et il a froid.
Alors voila. Bien sûr de près ou de loin (surtout de loin!) on a entendu de vilaines histoires d’autostoppeurs. Mais bien sûr aussi, 99,99% d’entre eux ne veulent de mal à personne, ils sont sympas! Sachez aussi que même un trajet de 10kms, au moins, ca le fera avancer et il sera heureux. Et puis, prendre un autostoppeur, c’est avoir quelqu’un avec qui discuter, qui aura sûrement son histoire étonnante à vous raconter, et c’est vachement mieux que de faire la route en solo avec son autoradio! C’est enfin, tout simplement, aider quelqu’un.
Alors si vous voyez un autostoppeur, prenez un instant pour le jauger, et s’il a l’air sympa…embarquez le! Et ainsi, vous aurez la chance et le privilège d’entrer dans le club très select des sauveurs, ceux que vous admirez tant dans mon voyage!

Bon, il est temps de remonter sur le vélo. Maintenant, cap sur la Turquie!

Première petite étape jusqu’à Lagina, et soirée mouvementée, si je puis dire. Je trouve un endroit calme et discret où planter la tente dans le village, je m’installe tranquillement dedans, et voila qu’un gros chien me repère, et commence son job, à savoir: aboyer. Moi, je m’enferme! Le problème, c’est que la bestiole ne s’arrête pas. Pour la discretion, c’est raté, à coup sur, tout le quartier est reveillé! Je ne peux pas bouger bien sûr, je reste à l’interieur (j’essaye d’ailleurs de m’endormir, quoi de mieux à faire?) en esperant une seule chose: que la police arrive, embarque ce gros clebs, quitte à ce qu’ils m’embarquent avec, ça c’est pas grave.
Ah, dehors ca y’est, j’entends des gens. Le chien s’arrête! Accalmie très temporaire…ça repart. Finalement, après plus d’une heure d’aboiments, le calme revient. Comment? Cela reste un mystère, vu que je n’ai pas pu sortir et que personne n’est venu me voir. Toujours est il…je m’endors.
Le lendemain matin, je pensais me faire accueillir avec les fusils par le voisinnage…et à ma grande surprise, une voisine m’offre un café!
Je repars donc, content.

Vraiment, la Grèce est dangereuse avec ses meutes de chiens sauvages. Il m’est arrivé plusieurs fois qu’une meute de gros molosses sortis de nulle part me poursuive en montrant les crocs. Vu qu’ils sont sauvages, je ne sais pas quel territoire ils cherchent à defendre!

Mais toujours est-il, dans ces moments, ce ne sont plus les muscles qui pédalent, c’est la tête. Maintenant, j’ai trouvé la solution: j’ai toujours des pétards à portée de main, et ça suffit à les faire fuire (et ca se veut gros et fort???).

L’étape suivante me mène à Kariani, et j’ai le bonheur de retrouver la mer, et le soleil!

Encore plein d’oliviers au bord de la route, c’est joli.

Et ce soir, pour éviter les chiens, je trouve la solution. Vu que c’est l’hiver et que je suis dans une station balnéaire vide, je m’invite dans le jardin cloturé d’une maison fermée…avec vue sur la mer, s’il vous plait!

Le lendemain, tandis que je roule, deux jeunes en voiture m’appelent, et me disent qu’il y a des sources chaudes pas loin…résultat, je passe quelques heures dans un petit coin de paradis, sous le soleil.

Je repars, et sur la route, comme tous les jours, je m’entraîne à lire le Grec: ça vient! (c’est super, les panneaux routiers sont écrits en Grec et en Latin, alors j’ai ma correction).

Ce soir, c’est à Kavala que je m’arrête, charmante ville, ou un restaurateur m’accoste et ne me lachera plus de la soirée. Après le repas qu’il m’offre, je passe la nuit au chaud sous l’avancée du restaurant.

Lendemain matin, café sur le port accompagné d’un divin croissant fourré au chocolat encore fondant. Quand j’y repense…

Aujourd’hui, étape dans des paysages qui se passent de mots…

Cette nuit, je monte au dernier étage, vide, d’un immeuble de bureaux que je trouve ouvert, où je me constitue une chambre bien tranquille, confortable, et à l’abri des chiens.

Et je repars vers l’est…

Je passe devant une vieille voie romaine, la Via Egnatia. Et oui, avant, les routes, elles étaient comme ca…

Ce soir, je m’arrête à Monastiraki, un tout petit village, avec des maison, une épicerie, et rien. A la fermeture de l’unique bar-station-service, la tenante me dit que je peux suivre l’ami d’ami d’un client…bon, j’y vais…

Et je me retrouve avec ces gens, discutant autour du poele. Ils m’offrent le thé et visiblement s’interessent à moi, mais aucun ne parle anglais…c’est pas grave, moi je suis heureux d’etre là, avec eux.

Je dors sur le canapé, et au matin, je suis profondément touché par le premier geste de Cimela à son reveil: elle reborde mon drap. Comme si j’étais son fils.

Et c’est sous un temps absolument pourri que j’arrive en Turquie!

La frontière Greco-Turque est la première militarisée que je franchis.
Et à partir de là, soyons clairs, les trois étapes qui m’attendent sont les plus vallonées du voyage. C’est hallucinant. Ca monte en ligne droite sur des kilomètres, et ça redescend, et ça recommence. Ca ne s’arrête jamais!

La côte qui me mène à Malkara est particulièrement longue et mémorable (pire que celle de Cremieu, Tony, c’est pour dire!)

Et une fois tout en haut, je suis fatigué, mais une bonne surprise m’attend. Tout d’abord, je rencontre Soner, un petit tzigane roumain qui me suit partout et qui a visiblement decidé de m’aider…

Et puis Ferdi, qui m’invite chez lui pour la nuit.

Dans la soirée, nous allons dans un bar, avec ses amis.

Ils sont en train de jouer, ce qui est institution en Turquie: cartes, dominos, backgammon…les jeunes passent leurs soirée à faire des jeux, en buvant le thé, (qui une autre institution d’ailleurs ici.)

Le lendemain, je passe à Tekirdag et son bazar (c’est comme ca que l’on appelle les marchés ici)…et le mot francais bazar prend alors tout son sens pour moi!

Je n’avais jamais vu un aussi grand marché…

J’arrive ce soir à Marmara Ereglisi, et passe la soirée avec un groupe d’étudiants sympas.

Et après une nouvelle étape archi-vallonée…

Me voila à Istanbul!
Que je suis heureux d’etre là!
Je suis accueilli par Claire, une cousine de mon parrain, Jean-Luc, et qui est instit ici.

Me voici avec Céline, Berangère, Isabelle, Séverine et Claire, avec qui je passerai de bonnes soirées

Le directeur du lycée de Claire propose de me prêter une “chambre” pour la semaine…et en guise de chambre, je suis à présent logé depuis quelques jours dans un magnifique appartement du lycée Notre-Dame-de-Sion, lycée où a d’ailleurs enseigné Soeur Emmanuelle.

Je tiens vraiment à remercier Claire, ainsi que M.le Directeur du lycée.

J’ai donc maintenant eu le temps de visiter Istanbul, ville heteroclite, entre l’Europe et l’Asie, où l’on trouve des mosquées par milliers; presque autant que des taxis jaunes; des quartiers où l’on prend conscience de ce que signifie l’expression “noir de monde”; des bars à chicha; des doner-kebabs; mon peché mignon: des pâtisseries Turques, Baglava et tant d’autres; des vendeurs de simit (couronnes de pain), à chaque coin de rue; le pont de Galata toujours bondé de pêcheurs; la gare de l’Orient-Express; le chant des muezzins qui procure une atmosphere que j’aime dans les villes Musulmanes; le portrait d’Ataturk partout (y compris dans les écoles)…

J’aperçois pour la première fois le Bosphore. De l’autre côté du grand pont, que vous apercevez au fond, c’est l’Asie!

Et puis je suis passé à la maternelle et au collège de Notre-Dame-de-Sion, pour des échanges vraiment interessants avec les élèves.

Tout d’abord, les tout petits…

Puis les plus grands…

J’espère qu’un jour, certains d’entre eux se retrouveront à ma place!

Allé, moi je vais reprendre mon vélo…

Güle Güle stambouliote!



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