25 octobre 2009 - Autour d’un dalbhat
Grishma me ressert un peu de sauce pour le thali. Mon front sue, comme toujours. Mais, depuis le temps, je me suis fait une raison, ça aussi, ça fait partie de l’Inde.
Je suis à Bombay depuis quelques jours, et je découvre peu à peu cette ville pleine de contrastes. D’un coté, on y ressent fortement l’influence anglaise, surtout lorsque l’on se trouve dans le sud, autour de la célèbre VT station, ou encore dans le riche quartier de Colaba, au pied de la Gate of India. Calme.
Bombay, c’est aussi la foule. Dans le Crawford Bazar par exemple, immense marché à ciel ouvert. Pour y parvenir, mieux vaux n’utiliser ni voiture, ni taxi, ni vélo d’ailleurs, à moins d’avoir du temps, beaucoup de temps, et des oreilles prêtes à supporter un incroyable concert de klaxons fous.
Bombay, ville de contrastes, où à quelques encablures des quartiers riches et calmes, des gens dorment dans la rue, partout. Où les hommes en costume marchent aux cotés de gamins cul nu.
Me voilà dans Dharavi, le plus grand bidonville d’Asie. C’est un quartier extrêmement vivant, et je suis quand même surpris, car pour un bidonville, je m’attendais a plus de tôle et moins de brique.
Maintenant, les investisseurs rachètent à la pelle des parcelles de terrain. Pour 3 immeubles qu’ils construisent, ils en donnent un aux délogés, et vendent les deux autres. Dans 10 ans, Dharavi sera-t-il toujours un slum ? Le problème, c’est que les “relogés” retournent le plus souvent vivre au bidonville pour louer l’appartement qui leur a été attribué…
Je reste presque une semaine chez Nikhil, Grishma et leurs deux enfants, Nirvan et Siddhant, adorable famille chez qui je me ressource un peu tout en découvrant la ville. Siddhant, 7ans, parle déjà 4 langues, l’Hindi, le Maharashti, pour parler avec la famille, le Gujrat pour parler avec la grand mère, et l’anglais, pour parler à l’école.
J’ai toujours tenté d’apprendre un peu de vocabulaire des pays traversés, mais en Inde, la tache est rude, vu que dès que j’arrive dans un nouvel état, une nouvelle langue est parlée!
On n’a pas vu Bombay si l’on n’a pas vu un film de Bollywood. Chants, danses et clichés pleins d’humour sur fond de guerre entre les clans veg et non veg (la religion Hindoue préconisant d’être végétarien, tous les restaurants indiens sont soit veg soit non veg). Heureusement, Quick Gun Murugun le cow-boy est la pour rendre justice, et moi, j’ai vu Bombay, il est temps de reprendre le vélo.
Les étapes qui suivent sont sous le signe de la campagne et du soleil, le long de ma route NH3 que je vais longer pendant presque deux semaines, jusqu’à Agra.
Ce soir, j’arrive à Shahapur. Où vais-je dormir? Il est tard, et deux gamins me proposent de les suivre, ils ont un endroit pour moi. Bon, je les suis, un peu sceptique tout de même…et c’est à un petit temple qu’ils me mènent. La foule…et le brahmane ne voit pas d’inconvénient à ce que j’y passe la nuit.

Le matin, je suis invité à prendre le petit déjeuner chez une famille sympa
Un peu de vélo, et me voilà maintenant à Malegaon. Une vie et une authenticité incroyables ce soir, mes yeux prennent de la vie partout où ils se posent. Dans cette ville, atmosphère de temps passés.
Le lendemain, c’est une journée spéciale…y’en a des comme ça. Pour commencer, une crevaison, à priori rien de bien méchant, si ce n’est que c’est encore un modèle de chambre pour lequel, stupidement, je n’ai pas l’embout de gonflage. Heureusement un mécano pas loin me sauve, et je peux repartir.
Une heure pour une crevaison, c’est quand même idiot. Route cabossée poussiéreuse et en travaux, et je loupe l’entrée de Dhule, où je souhaitais absolument me rendre, en milieu de journée. Détour de 3kms pour trouver enfin le centre, grr. Là je suis fatigué, et la foule, autour, ces gens par dizaines qui m’observent, comme d’habitude, et ne me laissent pas manger mes samosas tranquille, comme si j’étais une curiosité ou une bête de cirque. A la longue, c’est fatiguant, et je reprends la route un peu énervé.
La nuit est tombée, je suis enfin à Shirpur, un peu à bout mais heureux de me poser, enfin. Et la…surprise! Je regarde mon vélo…et ses 3 sacoches! C’est une grande première, j’ai perdu ma sacoche arrière droite, en route, sans m’en rendre compte, celle qui contenait tous mes habits. Bon…eh ben je n’ai plus qu’à me refaire une garde robe.
Cela m’offre quand même une expérience indienne incontournable, car le lendemain matin, pour tenter de retrouver ma sacoche, je refais l’étape en stop, ce qui me permet un petit voyage en camion Tata. Vous savez, ceux aux couleurs psychédéliques et au klaxon musical dont le volume flirte avec le nirvana des décibels, et qui roulent par milliers sur ces routes.
Le klaxon, en Inde. Ma bête noire. Ma hantise. On les entend à des kilomètres à la ronde, et il semble certain que les indiens voient une corrélation serrée entre la qualité de la conduite et le taux d’utilisation du klaxon.
J’ai peur maintenant quand un camion approche. Je sais que mes tympans vont encore en prendre un coup. Je me bouche l’oreille droite, serre les dents, ils klaxonne, passe, je tends une fois de plus le poing en l’air.
Au début, c’est…étonnant mais on en sourit. A la fin, ça exaspère, cette utilisation débile et démesurée des klaxons bien trop forts, et ça fait mal aux oreilles, pour de vrai.
J’arrive tout de même à Shendwa, et aucun plan pour la nuit en vue, mais j’ai vraiment pas envie de reprendre la route dans le noir, pour sortir de la ville et poser la tente. Mais, à défaut d’autre solution, je m’y résous, et après un thali, remonte sur le vélo.
Le thali indien
Quelques centaines de mètres, de la musique, des gens qui dansent, il n’en faut pas plus, je m’arrête. On me voit, on me laisse une chaise, on m’apporte le tchai. Toute la famille de Vinod Ramesh, le chef, est là et m’observe, on communique assez sommairement, mais une chose est sûre, ce soir, je suis leur invité. Ils fêtent le Navratra Festival et c’est beau.
On danse autour du Dieu (moi y compris!) et vraiment, si une chose me rend heureux, en Inde, c’est de voir ces femmes danser, sourire, dans les couleurs vives de leurs beaux saris, ça faisait longtemps.
Après une bonne nuit sur une paillasse chez eux, je repars, content, après un dernier bain de famille.
Quelques ghats qui font grimper la route, mais je prends mon pied quand même, à pédaler. J’aime ces journées sous le soleil, avec mon vélo, je ne manque de rien.
Mon objectif du jour était Manpur, alors je pédale un peu après la nuit pour y arriver, mais je ne suis pas vraiment récompensé: c’est un village ridiculement petit, moi qui espérait la ville ce soir. J’ai beau demander le centre-ville, il n’y en a pas, ou plutôt j’y suis, là au bord de la grosse route.
Résigné, je me pose dans le bruit, thé et samosas, et bouquin. Finalement, il était écrit que je rencontrerais ce soir Mahesh, le seul habitant certainement parlant anglais, et que j’aurais droit à la douche fraîche, avec une bassine d’eau, peut-être l’une des meilleures du voyage, que c’est bon, cette eau fraîche sur mon corps tout collant. Mahesh tient à ce que je dorme sur son lit, et lui par terre. Je refuse, mais il gagne…c’est délicat de refuser trop fort un cadeau…
A Indore, je rachète ma garde-robe ainsi qu’un magnifique sac-à-dos qui fera office de sacoche arrière, et puis Chhotesheikh, le roi du vélo, bricole mon vélo…
et pour finir, je rencontre au cyber Asif qui m’invite à dormir.
Asif va sûrement se marier l’an prochain. “Tu as une copine?” “Non, mais je sais qu’il y a une fille. Mes parents sont en cours de discussion avec les siens. C’est très excitant pour moi, de ne savoir ni son nom, ni son visage. Je la découvrirai le jour du mariage.”
Fébrile, ce matin. Je reprends quand même la route, mais après une petite demi-heure, les forces me manquent. Sieste forcée. Je suis malade. Je tente de repartir, mais peu après je dois m’arrêter de nouveau. A vrai dire, je ne peux m’en prendre qu’à moi même…l’eau locale…la première fois, je m’étais pourtant juré que c’était fini. Et puis, peu a peu, la tentation s’est faite trop forte, et j’ai replongé…Cette fois, je me jure que c’est la dernière… pour combien de temps?
J’arrive tout de même à Chidawad, pour une nuit un peu fiévreuse dans la tente. Matin, réveil-surprise. Dès 6h, les parlottes, les rires et les cris, devant la tente. C’est bien trop tôt pour moi, je les ignore. Mais ça ne va pas en diminuant! On parle, on observe, on touche la tente, on voudrait que je sorte. Je les laisse tenter de me réveiller, eux ne me laissent pas de répit, mais je tiens fièrement, jusqu’à 9h. Ils sont des dizaines, des enfants, des adultes, à attendre l’évènement: ma sortie. Ce qui finit par arriver, et je remballe tout mon matériel devant un public attentif.
A partir de maintenant, je n’aurai plus de répit en Inde.
Ça va mieux qu’hier, et j’arrive à Biaora, soir de festival, mais dans le noir total: c’est la coupure d’électricité quotidienne. Pour moi, c’est désagréable d’arriver dans le noir. Mais surtout, surtout, que c’est dangereux une ville sans éclairage public! Je veux bien qu’il y aie des économies, mais pas de service minimum, ça je comprends pas.
Mais bon, festival tout de même, avec une lumière qui revient de temps en temps, musique bien trop forte dans les rues et foule autour de moi.
Et ça finit bien, vu que je suis invité dans la famille de Pavan, rencontré dans une impasse alors que j’essayais d’esquiver une mobylette de plus qui s’amusait à me suivre.
Nouvelle ville, nouvelle fête, à Guna, clochettes et tambours toujours, et bruit, le festival Durga Pooja dure 9 jours.

Course poursuite avec des enfants
Coup de chapeau aux ptits jeunes de ce soir. Avijit, Sarthak, Achint et les autres. Ces ados me voient, commencent à m’expliquer que ce soir, il faut que j’aille à l’hôtel, que je suis inconscient, que l’Inde, c’est pas comme ça, que je ne sais pas… Moi, après encore une soirée de foule, j’ai envie d’un peu de calme, et certainement pas d’ados, sympas certes, mais qui me disent ce que je dois faire et me fatiguent. Je fuis. Prends mon vélo et m’échappe, après leur 10ème tentative de me faire revenir à la raison. Motivés ces jeunes! Avec leur scoots, ils parviennent à me retrouver à un café, et recommencent leur laïus. Je me résous à leur tenir la conversation. Sarthak s’éclipse…et revient un petit quart d’heure plus tard. ‘On a un endroit pour toi, pour la nuit!’ Ils explosent de joie, je suis incrédule, et les suis jusqu’à un bâtiment municipal. Et effectivement, j’y suis accueilli par le gardien, qui m’ouvre la porte et m’offre un lit. Ah, des jeunes, quand c’est motivé…Thanks guys!
Le lendemain, je reprends la route, au milieu des klaxons insensés, encore et toujours.
Aggrh. Le pire, c’est que les assassins de mes oreilles commettent leur crime, et repartent en toute impunité. Je ne peux rien faire, rien du tout. J’ai la rage. Mais on ne peut pas lutter contre une coutume.
Juste avant Shivpuri, je dors dans la tente, endroit tranquille – pensai-je – de campagne, et le lendemain matin, rebelote…
Avant Gwalior, nuit sur la paillasse d’un resto. Depuis quelques temps, ces restos routiers bordent la route, ils sont tous dotés de paillasses sur lesquelles on mange, fait la sieste, et accessoirement, passe la nuit. Ils ont aussi tous des grands bassins d’eau pour prendre la douche. Ça c’est bien.
Journée repos à Gwalior, avant de visiter son magnifique fort, la haut sur la falaise.
En haut, il y a aussi un temple Sikh, où je suis invité à manger, et sachez-le, nuit et repas sont toujours offerts dans ces temples, et il ne faut pas remercier, car la nourriture appartient à Dieu, pas aux gens. Côté pratique tout de même, ce sont les fermiers et riches industriels qui font des dons aux temples Sikhs.
Après quelques samosas…
et une nouvelle nuit sur la paillasse d’un bouiboui…
…voilà Agra, enfin. Mon objectif depuis deux semaines, tout cela pour un monument incontournable que vous aurez reconnu…
Agra, deux semaines avec ce nom, rien que ce nom en tête, juste, pour finir, pour une petite journée dans cette ville…Juste une petite journée, mais c’était ma carotte, et on n’avance pas si on n’a pas de carotte.
A partir d’Agra, apparition des rickshaws à pédale.
Ça n’est pas pour fluidifier le trafic des villes, mais, ooooh, que leurs sonnettes caressent les tympans, comparé aux klaxons des autorickshaws!
Finie la NH3, bonjour la NH2. Il fait chaud, et je ne compte plus le nombre de cold drinks que je bois chaque jour. Et des fois le problème c’est que je parcours des dizaines de kilomètres sans trouver de resto ayant de frigo. Et comme pour l’instant, je me tiens à ma règle de plus d’eau locale, c’est un problème. Nuit à Jaswant Nagar.
Voilà quelques moyens de transport que l’on peut rencontrer sur les routes de l’Uttar Pradesh:

Les taxis, que je trouve très classes !
Aujourd’hui, grisaille, ça faisait longtemps, et température idéale pour rouler. Je veux arriver à Bhognipur que je vois sur ma carte, et m’en donne les moyens, en roulant tard.
Bhognipur. L’enfer. La ville boue, la ville klaxon, la ville pont.
Je ne vous avais pas encore parlé du chaos des entrées de ville indiennes. Quand je dis chaos, c’est chaos. Klaxons par milliers, voitures par milliers, même moi avec mon vélo je ne peux plus rouler. Une ville indienne, ça pompe trop d’énergie.
Ce soir, en prime, il fait tout noir, et c’est la boue, à cause du pont bypass en construction. Moi qui rêvais de ville et de calme, j’arrive en enfer et je ne suis pas sûr d’en sortir. C’est à bout que je trouve un bouiboui où je me pose, exténué. A boue.
Nuit sur une paillasse, invité au poste de police.
L’Inde commence à me peser.
J’arrive à Allahabad, le centre est sympa, peuplé et animé, enfin il ne faut pas être pressé, tout va au rythme des rickshaws.
Et tôt le lendemain matin, après une nouvelle nuit dans la tente…
Maintenant, direction Bénarès. Mais avant, surprise! Alors que je prenais mon petit dej’ dans un resto au bord de la route, je vois passer…
Remco et Petra, deux hollandais. Ce sont les premiers voyageurs à vélo que je rencontre depuis mon départ de Paris! Alors on va ensemble jusqu’à Bénarès, et cela fait bien plaisir.
Bénarès (ou Varanasi) c’est une ville sainte de la religion Hindoue, où l’on vient laver ses péchés en se baignant dans le Gange, accessoirement pollué au plus haut point (mais bon, la tentation était trop forte, je m’y baigne moi aussi..)
C’est à la fois mystique et authentique. Des chants, des bougies sur l’eau, des prières, des sadus. J’aime. Et je suis particulièrement baigné dans cette atmosphère, vu que je passe mes trois premières nuits sur le Ghat, là où sont les escaliers qui descendent sur le Gange, et où les pèlerins arrivent dès le lever du soleil. C’est beau.
Accessoirement, merci à Remco et Petra qui, pendant ce temps gardent mon vélo dans leur chambre d’hôtel, genre de détail qui change un séjour.
Après quelques jours, un peu de repos, beaucoup de lecture, et une lessive, je reprends la route. Enfin presque. Car mon vélo se décide à avoir un vrai problème, enfin: ma roue libre est cassée, quand je pédale, la roue arrière n’est plus entraînée, en gros, le vélo ne roule plus.
Sauf qu’en Inde, trouver une nouvelle cassette arrière de 8 pignons c’est mission impossible. Tout me passe par la tête: combien de temps vais-je rester bloqué ici? Vais-je devoir faire venir une pièce de Paris? Finalement – bonne étoile – je trouve un super mécano, qui parvient à réparer ma roue libre! Ouf. Je n’y croyais pas, mais lendemain matin, je peux repartir.
Une journée de vélo sous le soleil…
…pour une nuit à Jianpur, à nouveau dans un poste de police, c’est la série en ce moment.
C’est plat, j’avance bien, et je me rapproche du Népal, malgré un slalom sur route défoncée.
Arrivée à Ghorakpur, un nouveau chaos à la limite de l’insupportable, un bordel monstre, c’est inimaginable. Ils sont fous ces indiens. Je ne sais pas comment, mais je parviens à traverser la ville, avec quelques degrés d’audition en moins certainement, et c’est avec un bonheur inouï que je me dis ‘Celle là, c’était la dernière!’ Ma dernière ville indienne.
Bientôt finie l’Inde, mais pas encore tout à fait. Car ma roue libre montre des signes de faiblesse, ça n’accroche plus à chaque tour de pédale, de moins en moins d’ailleurs, et du coup, je n’ose plus m’arrêter de toute cette fin d’après midi, de peur de perdre définitivement le peu d’accroche qui me reste. Et j’ai raison. Arrivée à Pharenda ce soir, plus que 30 kms avant le Népal, et un vélo qui ne roule plus, again. Il fait nuit et je m’acharne chez un ptit réparateur qui ne m’aide pas, à essayer de réparer ma roue libre, sans succès. Il ferme, il me vire, j’ai un vélo en miettes. Il faut trouver une solution, et cette foule qui me colle m’insupporte. Un magasin de vélo.
“Une seule solution, qu’ils me disent, faut changer la roue arrière.” Au point où j’en suis…Une heure de bricolage plus tard, je me retrouve avec un vélo monovitesse, fini le dérailleur, mais qui a l’immense avantage de rouler.
Pour finir en beauté, je suis invité au Susham’s hotel, là où j’ai dîné.
Derniers tours de roue en Inde, et encore beaucoup de pompes à eau, partout. Elles sont le vrai problème du pays, car elles puisent directement dans les nappes qu’elles épuisent, et bientôt, l’eau va manquer.
Des écoles en plein air, aussi.
Et puis enfin…
Le Népal! Depuis le temps que j’en rêve!
Je suis étonné par l’absence de poste frontière à proprement parler. Je passe librement d’un côté à l’autre, c’est à moi de me présenter au bureau d’immigration, de part et d’autre.
Tout droit au fond de la route, un mur immense: j’ai atteint la chaîne des Himalayas.
Je passe la nuit à Sunwal, et le lendemain, étape qui longe les montagnes. Tout va pour le mieux…jusqu’au km 17, et la première vraie côte du jour. Ben oui, j’ai une seule vitesse, et une chaîne mal adaptée, un peu trop longue. Donc, dans le plat et les descentes c’est parfait, mais dès qu’il faut forcer sur les pédales, je déraille. Je déraille, je déraille…et la chaîne finit par casser.
Aggrh. Je ne suis pas encore a Katmandou.
Je redescends le petit kilomètre de côte vainement grimpé, et fait réparer ma chaîne. Et je parviens à faire cette étape tant bien que mal, sans compter les déraillages, en étant bien conscient que je ne pourrai pas faire celle de demain dans ces conditions, car demain, la vraie montagne commence. J’ai besoin d’un vélo qui grimpe.
J’arrive, un peu par miracle, à Narayangath (hey, rappelez-vous les gars, c’est la ville du gang des pousses-pousses!). A noter, fini le chaos d’Inde, ici, ce sont les klaxonneurs qui sortent du lot et non l’inverse. Je bénis le Népal.
Et ce soir, il faut que je trouve une solution, il me faut à tout prix un dérailleur pour demain. Eh bien la chance est avec moi. Je retrouve une cassette de 7 pignons (au lieu de 8 mais je m’en fous, ça fera bien l’affaire) et un super mécano qui me fait fonctionner tout ça. La chance est avec moi.
Je peux repartir, en ayant bien l’impression de faire un pied de nez au sort, car jusque là, tous ces pépins techniques ne m’ont pas fait perdre une seule journée.
L’étape qui suit est tout simplement incroyable, majestueuse. Je longe la rivière Trisuli dans la vallée, et c’est beau, verdoyant. Le voilà, le Népal.
Et je n’aurais effectivement jamais pu faire cette étape hyper vallonnée sans dérailleur (jolie invention, je réalise).
Sur la route, des bus qui ont une autre notion du remplissage
Jugekhola, minuscule village à 30 kilomètres de Katmandou. Je suis invité à dormir au resto ou j’ai mangé. Depuis peu, les nuits se remettent à être froides, et je ressors mon gros duvet.
30 derniers kilomètres, et là, ce n’est plus vallonné, c’est la vraie côte. Je savais bien qu’il faudrait y monter, à Katmandou!
Et ce en début d’après-midi, j’y arrive, et pleins de souvenirs me reviennent. C’est spécial, c’est bon. Ça n’a pas changé. Les Temples, le Durbar Square, le Thamel des touristes, Freak Street. Ce n’est pas sans émotion que je retrouve tous ces lieux.
Et puis tout près, juste à 12 kilomètres, Bhaktapur. Ça c’est pour demain. Bhaktapur, la ville des temples, dont l’impressionnant Nyatapola Temple …
Et surtout, la ville d’Indra, mon ami d’il y a 3 ans. Nous nous retrouvons, heureux, autour d’un dalbhat.
Indra, étudiant en sociologie, a démarré son association, TOIT, en 2000, pour aider les enfants défavorisés de la ville. Il est parti de rien, sauf d’un terrain dont il a hérité. Et ce terrain, au lieu de le revendre, il a décidé d’y faire construire une école. En 2006, avec Sami et Tony, on en avait vu les fondations, et aujourd’hui, elle a 3 étages et accueille 90 enfants. Tout cela grâce aux dons des sponsors européens qu’il a su trouver. Et, au lieu d’aller aux champs ou à la cuisine, 90 enfants qui vont à l’école.
Tout n’est pas fini, il manque encore des sous, mais l’important, c’est que l’école soit ouverte. Chapeau Indra. (vous pouvez trouver plein d’infos sur ce projet sur son site www.toit.org.np , et sur celui de mon université http://wwwassos.utc.fr/toitaunepal , où nous aussi on a crée une asso en 2006 pour apporter notre contribution, financière si possible, mais aussi sur place, ou des étudiants ont la chance de pouvoir se rendre chaque année).
J’arrive à Bhaktapur à temps pour le festival de Dipawli, festival des lumières qui se conclut par le nouvel an Newar. J’ai la chance de vivre les festivités dans la famille d’Indra. Et c’est donc ensemble que nous sommes passés en l’an 1130.
A présent, je crois qu’il est temps pour moi d’aller faire un petit tour dans les montagnes, à pieds cette fois, je laisse un peu de répit à mon vélo…
Namaste
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- Published:
- 10.26.09 / 4am
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